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Naissance : ce qui se joue les premières minutes

29 mai 2021
Bienvenue bébé
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Le premier cri

Vous avez connu sa voix avant de connaître son visage. C’était un cri, un miaulement, un hurlement, ou encore un son qui paraissait hésiter. Le changement d’environnement provoque chez le nouveau-né un stress qui l’incite à prendre une grande respiration, remplissant pour la toute première fois ses poumons d’air. Parfois, au lieu du pleur qu’on guette, un silence qui semble durer des heures. Pas d’inquiétudes : on sait désormais qu’il suffit d’activer en massages les points réflexe, pour que s’opère la transition vers la fonction respiratoire. 

   

La première vision

Votre bébé est désormais à quelques centimètres de vous, et pour la première fois vos yeux se posent sur lui. C’est la stupéfaction. Parfois, la délicatesse des traits et le dessin d’une bouche bouleverse. Parfois, le bébé ne ressemble pas à ce qu’on avait imaginé. Il y a le vernix, cette crème naturelle qui recouvre la peau de bébé pour le protéger, il y a le lanugo, ce duvet pouvant être disséminé sur le corps, en particulier chez les prématurés. Il y a son crâne, dont la forme a dû s’adapter pour traverser le bassin, ses yeux qui semblent immenses puisqu’ils ont déjà 75% de leur taille définitive. En fait, ce n’est pas toujours sa beauté qui nous stupéfait et tant mieux, parce que dans l’émerveillement de ces premiers instants, il y a bien plus fort et doux que ces considérations-là.  

 

Le premier peau à peau

On pose l’enfant sur la mère, ou sur l’autre parent si elle n’est pas immédiatement disponible. Dans cet instant de calme après la tempête, comme suspendu, les corps fournissent en réalité un bouleversement hormonal intense : celui du nouveau-né produit les hormones « catécholamines », qui contribuent à l’adaptation respiratoire. Côté maman, c’est le déferlement d’ocytocine, ou « hormone de l’attachement ». C’est le moment de la rencontre, qui permet aussi de maintenir la température corporelle du bébé et son équilibre glucidique, de calmer ses pleurs, et d’amorcer les interactions grâce au toucher, à l’odeur, la chaleur… 
 

 

La première parole

Désormais, les études le prouvent : le bébé distingue la voix de ses parents, entendue in utero, parmi celles d’étrangers. On se souvient rarement de ce qu’on lui a dit en premier. Mais peu importe le fond, puisque notre voix l’apaise. Alors non, on n’a pas toujours eu le réflexe de soigner nos premiers mots avec une déclaration d’amour intense. Sauf à considérer que « c’est donc pour toi que j’ai arrêté les sushis », en est une aussi…  

  

La première tétée

Que la maman ait décidé d’allaiter, de ne pas le faire, ou qu’elle n’ait pas encore pris la décision, il est fréquent de lui proposer la tétée d’accueil, ou de bienvenue. Elle a lieu dans l’heure suivant la naissance. Parfois, le personnel soignant pose le bébé sur le ventre de la maman, pour laisser place au phénomène magique du « breastcrawl » : instinctivement, le nouveau-né « rampe » pour atteindre les mamelons et se nourrir au sein pour la première fois. Le colostrum, « or liquide » de couleur jaune-orangée, va tapir le tube digestif de l’enfant, pour l’aider à se protéger des microbes. En cas de césarienne, un peu de lait maternel peut être prélevé en salle de réveil afin de l’apporter au bébé.  

   

Le premier échange de regard

Il y a des « eyecontacts » qu’on n’oublie pas, et clairement, celui-là est sur la première marche du podium. On l’appelle « regard fondateur » ou encore « proto-regard ». S’il est à ce point singulier, c’est qu’il est le premier (« protos », en grec), mais pas seulement : les jeunes parents sont souvent saisis par la façon dont leur bébé dirige ses yeux vers eux la première fois. Le regard est concentré, profond, déstabilisant, bouleversant. En quelques instants, le nouveau-né est passé d’un univers à un autre, et ce que lui offre ses parents en soutenant son regard, c’est un lien entre les deux mondes, celui d’avant, et celui qui les attend. 

 Finalement, accouchement ou pas, complications ou pas, allaitement ou pas, c’est peut-être avec ce premier regard qu’on devient réellement parents : celui grâce auquel on réalise que désormais, notre cœur se promènera à l’extérieur de notre corps.   

 

Crédit photos© : Paul Rousteau