JE PARTAGE :

Les rêves, les cauchemars et les terreurs nocturnes chez les enfants

04 mai 2022
Bienvenue bébé
Professional Business LinkedIn Banner (2)
Arnault Pfersdorff Arnault Pfersdorff est pédiatre, chroniqueur, écrivain et fondateur du site Pédiatre Only. Chroniqueur sur France 2 dans l’émission “Les maternelles”, il est papa de 4 enfants et grand-père de 3 petits enfants. Le sommeil, les rythmes du sommeil, il vous explique tout sur différents supports (livres, podcasts, …). 

 

Il y a les réveils nocturnes et à partir de quand il y a les rêves et les cauchemars ?

Une fois que l’enfant passe en rythme de sommeil circadien, c’est-à-dire vers 3 mois. Le rythme de sommeil va changer, il n’a plus le sommeil agité puis le sommeil profond, il a la phase de sommeil paradoxale. Le sommeil paradoxal est le début du cycle et donc c’est à ce moment-là qu’ils font des rêves. Ensuite, il y a la phase de sommeil lent. Dans cette phase, il y a une partie de sommeil lent simple et une partie de sommeil lent profond. Ce cycle de sommeil dure 60 – 70 min et va petit à petit s’allonger jusqu’à l’âge de 5 – 6 ans où il va s’approcher de la durée d’un cycle moyen d’un adulte, c’est-à-dire 120 min. Le rêve chez les nourrissons commence assez tôt en particulier quand il commence à y avoir un vécu, exemples : une porte qui claque, un chien qui aboie, le sourire de maman, la voix de papa, … Chaque jour l’enfant découvre des choses extraordinaires qui peuvent avoir un impact sur son sommeil. Le rêve chez le nourrisson et le jeune enfant est un rêve où il n’est pas acteur. Il a des rêves, des images qui défilent mais il ne peut pas se projeter. La projection de l’enfant dans son propre rêve sera plutôt vers l’âge de 5 ans environ.

 

De quoi rêve un bébé de 2 mois ? De biberon ?

C’est beaucoup plus large que ça. C’est une caresse, un sourire, le bercement, le bien-être, un bruit, la voix d’un parent. Tout cela va meubler cette fin de cycle de sommeil avant qu’il ne passe dans le suivant. Et s’il y a de l’énervement, un bébé qui pleure, qui hurle, une dispute parentale, le bébé est un véritable buvard. Il va faire des cauchemars, des réveils nocturnes voir des terreurs nocturnes qui apparaîtrons plus tard vers 12 – 18 mois. Les terreurs nocturnes c’est plutôt en début de nuit et les cauchemars c’est plus tard vers 3 – 4 ans et plutôt en deuxième partie de nuit.

 

Quelle est la différence entre terreur nocturne et cauchemar ?

La terreur nocturne, l’enfant n’est pas réveillé, il l’est à moitié, il n’aura pas de souvenir. C’est son cerveau émotionnel et c’est tout ce qu’il a emmagasiné dans la journée qui va impacter la première moitié de la nuit de sommeil. Et là il se réveille, il est décontenancé, il s’agite, il n’arrive pas à gérer. C’est dans son subconscient de tout ce qu’il a acquis dans la journée. Et quelques fois cela peut être violent.

 

Que faut-il faire en cas de terreur nocturne ?

Encore une fois, il ne faut pas le prendre dans les bras sinon on va le réveiller complètement et ça va être plus compliqué de l’endormir. Ce que je suggère toujours aux parents en cas de terreur nocturne c’est de faire une sorte de tour de garde. Lundi c’est le parent 1, mardi le parent 2 et on alterne. Du coup, celui qui est de garde doit avoir l’oreille fine. Et dès que bébé commence non pas à pleurer mais à s’agiter, à bouger, il faut tout de suite y aller. Alors souvent on ne fait pas comme ça, on est tous pareils, on est des humains ! On se dit « il va peut-être se rendormir, il va peut-être se rendormir … ». Mais le problème c’est que pendant ce temps-là, le nourrisson s’est réveillé davantage ou hurle davantage et après c’est compliqué de l’apaiser. Il faut y aller tout de suite, on rentre dans la chambre mais on n’allume pas les lumières. Déjà l’odorat va faire effet, le nourrisson va sentir la présence du parent. Si cela ne suffit pas, on le touche, on pose la main sur l’abdomen ou le thorax et si ça ne suffit pas, on caresse. Et si ça ne suffit toujours pas, on peut prendre un petit linge à peine humide et on le pose sur son front, cela va l’apaiser. Et en tout dernier, si on n’y arrive toujours pas, on le prend dans les bras parce qu’on ne va pas le laisser hurler. Mais l’idéal, c’est d’y être le plus tôt possible pour l’apaiser.

 

On peut lui parler pour l’apaiser ou cela risque de le réveiller ?

On peut en 3ème ou 4ème position chuchoter tout doucement mais à peine. Pas directement dans l’oreille, mais dire « maman est là » ou « papa est là » doucement. On observe son état et on apprend à décoder les pleurs de son enfant. On pourra ainsi reconnaitre les pleurs de son enfant, un rot qui ne passe pas, un gaz, il n’a pas assez mangé ou tout simplement une action passée dans la journée (exemple : une bousculade à la crèche). On se rappelle, il y a eu une histoire c’est pour cela qu’il se réveille donc on l’apaise.

 

Est-il préférable de faire dormir un enfant dans le noir, même s’il a peur du noir ?

Le noir c’est bien parce que la mélatonine peut mieux agir. La lumière va stimuler la rétine et bloque la mélatonine. Donc l’obscurité est mieux, mais pas forcément totale, on peut laisser la porte ouverte et mettre une veilleuse dans le couloir. Comme ça, l’enfant sait le chemin pour trouver la figure d’attachement parce que quand il se réveille la nuit, il ne sait plus où il est, il est complément désorienter. Cela nous arrive aussi en tant qu’adulte quand on n’est pas chez soi, quand on dort à l’hôtel, on se réveille la nuit, on ne sait plus où on est. Pour un nourrisson, cela peut être récurrent.

Mon fils de 20 mois se lève plusieurs fois par nuit pour venir me chercher dans mon lit, comment faire pour qu’il reste dans son lit ?

Moi ce que je conseille aux parents d’un enfant de 18, 20 ou 24 mois, qui a des réveils intempestifs la nuit et qui a besoin d’être rassuré, premièrement il ne faut pas le garder dans le lit avec soi. C’est commode, surtout si c’est à 5 heure du matin on se dit que ce n’est pas grave et c’est sympa. Mais après il prend l’habitude, il ne s’autonomise pas. Il faut qu’il apprenne à s’autonomiser, c’est important, mais il ne faut pas le rejeter. Ce que je propose aux parents, c’est le rituel de la convivialité de la chambre. C’est tout bête, on n’y pense pas toujours mais c’est tout simple. Il faut s’inviter dans la chambre de son enfant dans la journée. Souvent, on ne passe pas beaucoup de temps dans la chambre de son enfant. On y range ses affaires, faire le ménage, le coucher… Mais jouer c’est une chose et s’inviter sans rien faire s’en est une autre. L’idée c’est de rendre la chambre conviviale c’est-à-dire, dire à son enfant de 18, 20 mois, il comprend parfaitement, dans la journée, le papa et la maman, il faut le faire de manière alternative si on peut, en semaine et en week-end dire « Tu m’invites dans ta chambre ? ». Et on va dans la chambre de l’enfant, on se met par terre et on ne s’occupe plus de lui. On lui apprend à s’autonomiser. On se met par terre, on lit un bouquin, lui il a ses jouets. S’il vient sur vos genoux, vous lui faites une caresse et le remettez à côté. On ne fait rien, s’est lui qui s’occupe. Et de temps en temps on se lève, on quitte la chambre et on revient tout de suite après, pour éviter qu’il nous suive. Et on recommence, on s’assoit et on ne fait rien. On recommence à s’occuper puis on se relève, on part, on compte jusqu’à dix puis on revient. On fait comme ça, des absences de plus en plus espacées, pas trop souvent et 2 – 3 fois dans la journée. Il apprend à s’autonomiser. Il ne fabrique pas de cortisol, les parents sont là, il est tranquille et il s’occupe. Et le soir, il y a des mots interdits qu’il ne faut pas utiliser. Par exemple, « il faut aller au lit », surtout pas ! On éteint les lumières, on prépare le lit avant et on va lui dire la même chose « est ce que tu m’invites dans ta chambre ? ». Et pareil, on se met par terre, on ne s’occupe pas de lui, on ne lui raconte pas d’histoire, on ne lui dit pas que ça va être l’heure de dormir. C’est ça le cauchemar pour les enfants, ils se disent qu’on les abandonne avec le sommeil, c’est cela qui fait peur à l’enfant. Il y a la veilleuse, il s’apaise, on fait aussi des petits allers-retours et à un moment donné, comme il n’y a pas de cortisol sécrété, pas de stress, la mélatonine, comme il fait un peu nuit va agir, puis il va s’endormir sur le matelas par terre. On attend 15 – 20 min et on part. Il rentre dans le sommeil de manière apaisée et cela aura inévitablement un impact sur les réveils la nuit. Il y en aura de moins en moins, quand il se réveillera, il se souviendra qu’il aura eu des moments agréables dans la chambre. Et en 15 jours, 3 semaines, on arrive à réguler, c’est une méthode, il y en a d’autres mais celle-ci marche assez bien.

 

Et quand on a plusieurs enfants on doit tourner ?

Oui, alors quand on a deux enfants dans la même chambre ça peut être compliqué parce que l’un peut réveiller l’autre. On a tendance à prendre avec soi l’enfant qui est réveillé pour ne pas réveiller l’autre. Il faut savoir mesurer en fonction de l’environnement, de la configuration du logement, de la disponibilité du ou des parents. Il ne faut pas qu’un seul parent s’investisse, il faut que les deux parents, à tour de rôle soient présents. Même si l’un doit se lever tôt le lendemain, ce n’est pas grave il fera une sieste au bureau. 😉

 

Retrouvez toutes les réponses d’Arnault Pfersdorff sur le live Instagram

 

Livres, podcasts, ... Des choses à nous conseiller ?

Des podcasts à écouter : l’arrivée de bébé, les premiers jours de bébé, le premier examen du pédiatre, le premier mois, le développement des sens – entre 1 et 2 mois, tous les sens en éveil – entre 2 et 3 mois. Pour écouter, c’est ici !

Bébé premier mode d’emploi : 80 pages de plus dans cette nouvelle édition. Plein de choses nouvelles dans cette dernière Edition : Montessori, les couches lavables, le co-dodo, … C’est ici !

Votre enfant- 0-16 ans : de sa naissance à son adolescence, la vie de votre enfant est jalonnée d’étapes fondatrices dans tous les domaines. Chacune d’elles est le résultat d’apprentissages, de découvertes, d’événements que vous, parents, allez accompagner, vivre et expérimenter. C’est ici !