JE PARTAGE :

La pédagogie Montessori : pour des enfants épanouis !

06 juin 2019
methode-montessori-interview-charlotte-poussin-2

Pour Petit Bateau, la créativité des enfants est un trésor à préserver.

Il allait donc de soi d’explorer une méthode très en vogue mais finalement assez méconnue : la pédagogie Montessori ! Pour ce faire, nous avons rencontré l’une de ses grandes spécialistes*, Charlotte Poussin. Après le fondateur de l’Atelier du futur Papa et les créatrices du site Les Louves, voici donc le 3ème volet de nos rencontres avec les experts de la parentalité et de la petite enfance.

Vous êtes éducatrice Montessori depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous y a amené ? Au départ je pensais enseigner mais j’hésitais sur la matière. Puis j’ai eu un coup de foudre en lisant l’un des ouvrages de Maria Montessori, « l’Enfant ». J’ai réalisé que j’étais plus intéressée par l’éveil de l’enfant que par la transmission d’une matière en particulier. J’ai donc décidé de me consacrer à la pédagogie Montessori.

Comment pourriez-vous résumer en quelques mots l’approche Montessori ?

Comme une approche révolutionnaire de l’enfant. Pourquoi révolutionnaire ? Parce qu’on ne le considère plus comme un élève à éduquer mais comme une personne à part entière, dont on peut apprendre autant qu’on peut lui apprendre. On l’envisage dans un rapport plus égalitaire, on a un respect profond pour lui et on a parfaitement confiance dans sa capacité à s’auto-éduquer s’il est mis dans le bon contexte.

 

Par quels moyens cette auto-éducation peut-elle se mettre en place ?

On offre à l’enfant un espace préparé, avec un matériel qualitativement et quantitativement choisi. Ce matériel, scientifiquement élaboré, se substitue au rôle traditionnel de l’enseignant, permettant à l’enfant d’agir par lui-même. On ne le lui présente pas de manière académique, mais comme le départ d’une exploration. L’enfant chemine seul vers l’abstraction et s’auto-éduque à son rythme.

 

Cela revient à dire que l’enseignant n’a plus de raison d’être ?

Si, bien sûr, mais son rôle est différent. Il n’est plus le détenteur d’un savoir à faire descendre sur les enfants, il a une place d’observateur, d’évaluateur discret, d’accompagnateur, de guide bienveillant. Il présente le matériel aux enfants, il observe, réfléchit avant d’intervenir, il est aussi le garant de l’ambiance sereine et concentrée. Comme l’explique très bien Maria Montessori, sa présence doit être invisible pour celui qui a trouvé sa concentration, mais il doit être totalement disponible pour les enfants qui n’ont pas encore trouvé le matériel qui va leur permettre d’accéder à la concentration.

« L’enfant qui se concentre est immensément heureux  »Maria Montessori

Vous disiez que l’enfant s’auto-éduque à son rythme. Cette notion est importante ?

Elle est primordiale ! En découpant les apprentissages des enfants en tranche d’une année, on fait fausse route. Et c’est selon moi une des grandes sources des difficultés scolaires. En France selon une enquête du ministère de l’éducation, 40% des élèves ne maîtrisent pas les objectifs attendus de la lecture en CM2 ! L’enfant doit apprendre au bon moment pour lui  et ce moment est variable en fonction des enfants. Certains sont mûrs pour l’apprentissage de la lecture dès 4 ans, d’autres plus tard. C’est pourquoi Maria Montessori avait divisé les enseignements par tranches d’âges (0-3 ans, 3 à 6 ans, 6 à 9 ans, 9 à 12 ans, etc). L’objectif n’est pas la précocité des apprentissages ou la performance. Il s’agit avant tout que l’enfant apprenne au bon moment pour lui et que l’expérience d’apprentissage soit fluide, positive et faite avec plaisir. Par exemple, on ne veut pas que l’enfant sache déchiffrer les mots très tôt, on veut qu’il AIME LIRE à long terme, ce qui est très différent !

 

A quoi ressemble une journée type en école Montessori ?

Les enfants se mettent au travail d’une traite toute la matinée, puis il y a une grande pause méridienne, suivie en général l’après-midi d’une autre activité. Une classe type a une trentaine d’enfants avec 2 adultes. Le nombre crée l’émulation, l’entraide, l’inspiration pour les plus petits, et la transmission pour les plus grands : c’est en transmettant un savoir qu’on l’entérine !

La traditionnelle division du temps en matières est remplacée par une division spatiale : une zone pour les maths, une pour les sciences, une autre pour l’art, une pour le langage, une autre encore pour la vie pratique ou le raffinement sensoriel. L’adulte présente le matériel, ensuite l’enfant explore autant de fois qu’il le veut, seul ou à plusieurs. Les enfants peuvent faire de nombreuses activités choisies en une matinée. Certaines activités se font très vites, d’autres sont très longues.

 

Que se passe–t-il si un enfant ne s’intéresse qu’aux sciences ? Ou à la vie pratique ?

Les éducateurs acceptent la passion pour une matière, car quand elle est assouvie, l’enfant passe à autre chose. Et c’est cela qui fait que les apprentissages sont heureux. On n’a pas peur qu’il ne fasse pas le programme, car on n’est pas en train de tirer tous les enfants en même temps au même endroit, ce qui est quasi impossible. Tout le monde a des capacités et des intérêts différents, et c’est en les prenant en compte que les enfants apprennent efficacement.

 

Quelles sont les qualités développées chez les enfants scolarisés en établissement Montessori ?

Elles sont nombreuses, et dépassent largement le cadre académique. Confiance en soi, estime de soi, sérénité, curiosité, mais aussi empathie, sentiment de faire partie intégrante d’une communauté. Ces enfants sont tournés vers les autres, conscients de leur environnement et respectueux d’eux-mêmes et des autres. Ils ont aussi un sens de l’initiative. Ce sont des enfants créatifs, qui osent essayer, se tromper, rebondir, tâtonner. Ils n’ont pas peur, pas de sentiment d’échec. C’est aussi de là que vient leur grande confiance et leur capacité à penser « out of the box ».

« L’éducation est une arme de paix »Maria Montessori

Parlez-nous de Maria Montessori. Elle semble être une incroyable pionnière.

Effectivement, c’était une visionnaire. Elle a fait des études de médecine, de psychologie, de philosophie, d’anthropologie, de biologie… elle était absolument passionnée par l’homme, et elle avait une vision. C’est aussi la première femme médecin d’Italie, elle a eu des dérogations pour être autorisée à faire des études de médecine alors réservées aux hommes !

Il est important de comprendre qu’elle n’a pas théorisé une pédagogie hors sol, elle a observé les enfants pendant de longues années pour la mettre au point. Elle y a même consacré sa vie. Elle a commencé par travailler avec des enfants porteurs de troubles mentaux dès 1899, en s’inspirant des travaux de 2 pédagogues français. Les progrès des enfants ont été tels qu’elle a très vite pensé que ses méthodes pouvaient être appliquées à tous les enfants. Mais c’est seulement en 1907, après avoir longuement observé et patiemment mis au point sa pédagogie, qu’elle a ouvert sa première « Maison des Enfants » pour y accueillir des enfants des quartiers défavorisés de Rome.

 

Que se passe-t-il quand un enfant « Montessori » passe dans une école classique ? Et vice versa ?

Ça se passe très bien, et dans les deux sens ! Les élèves qui connaissent la pédagogie Montessori sont un peu surpris par les nouvelles contraintes, mais absorbent rapidement le stress et gardent une hauteur de vue et la conscience qu’ils peuvent jouer un rôle de médiateur (entre enfants et adultes, entre enfants). Pour les enfants venant du système classique, certains peuvent avoir des difficultés au début à gérer la liberté de choix de l’activité, mais ils s’inspirent vite des autres enfants et trouvent leurs marques.

 

 

*Éducatrice Montessori diplômée de l’Association Montessori Internationale, Charlotte Poussin a travaillé en classe pendant 15 ans, dont 10 à l’étranger (Argentine, Brésil, Canada). Elle a également dirigé une école Montessori jusqu’à la naissance de son 5ème enfant. Auteur de plusieurs livres sur la pédagodie Montessori, dont le Que sais-je, elle a également traduit des ouvrages de Maria Montessori elle-même.

Retrouvez-la sur son site, sa page facebook et son compte instagram.

Photo : Charlotte Poussin.