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Interview @vascoutdoor x Petit Bateau

13 octobre 2021
Actualités
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A l’occasion de la sortie de notre collection Globe trotter, on a eu la chance de partir à la rencontre d’une vraie tribu nomade. Olivier et Adeline ont tous les deux décidé de vivre leur rêve : sillonner l’Europe à vélo (et en famille !). Olivier partage leur quotidien de globe trotteurs sur son compte Instagram @vascoutdoor et son site internet www.oliviergodin.fr. Une vraie leçon d’aventures et de liberté ! Et la liberté chez Petit Bateau, ça nous connaît.

Rencontre.

Dites-nous tout, qui se cache derrière @vascoutdoor ?
 

“ Je m’appelle Olivier Godin, j’ai 39 ans. Je suis journaliste, auteur et cycliste pratiquant et convaincu. A tel point que j’ai fait du vélo mon sujet de prédilection avec une préférence pour les thématiques de l’itinérance et de l’aventure. J’ai publié 5 livres sur la question (vous pouvez les retrouver sur mon site internet). Le dernier en date, À vélo, chez Gallimard, est une sélection de 50 itinéraires pour découvrir la France à hauteur de guidon.

J’ai découvert le voyage à vélo en 2009 en m’engageant directement dans une aventure au long cours. Avec Adeline, ma compagne, nous avons traversé l’Afrique en tandem. Un périple de 20 000 km de Paris au Cap de Bonne-Espérance. Une expérience fondatrice de 18 mois qui nous a révélé l’immensité des pouvoirs du vélo et permis de bâtir notre couple sur des bases solides.

A l’arrivée de notre fils, Axel, nous avons souhaité renouer avec la simplicité de la vie sur la route pour partager ensemble du temps de qualité et le voir grandir aux premières loges. Nous sommes partis près d’une année en Amérique du Nord pour nous inventer une vie à trois à travers les Montagnes rocheuses, la Californie, le Mexique et Cuba.

Axel a aujourd’hui 6 ans. Il a désormais cédé sa place dans la remorque à Julia, sa petite sœur, née en 2020.”

Sillonner l’Europe à vélo avec un bébé, il en fallait de la soif d’aventure ! Comment vous est venue l’idée de parcourir le monde en famille ?
 

“A la naissance de Julia, nous avons voulu repartir pour écrire, sur la route, un nouveau chapitre de notre roman familial. Nos motivations étaient les mêmes que précédemment. Echapper à la course du quotidien pour se reconnecter tous les 4, être les témoins privilégiés des premières fois de Julia (premier pas, première dent, premier mot…), se fabriquer des souvenirs en commun dans des conditions qui sortent de l’ordinaire.

Le contexte sanitaire complexifiait l’organisation d’un voyage lointain. Alors nous nous sommes élancés depuis chez nous, à Lyon, avec une vague idée en tête : rejoindre la Scandinavie, réputée pour la qualité de ses infrastructures cyclables et pour son côté « kids friendly ». Nous avons pédalé jusqu’à Genève en suivant la ViaRhôna, puis avons attrapé un train pour Hambourg. Nous avons ensuite tracé au jour le jour un itinéraire qui nous a conduits à travers le Danemark et la Suède. Un périple de 2700 km à la force des mollets effectué en deux mois.”

Comment explique-t-on à des enfants en bas âge que pendant quelques temps, leur chambre sera une tente et leur principal moyen de locomotion un vélo ? Comment ont réagi Axel et Julia ?
 

“Julia qui avait 10 mois au moment du départ était naturellement trop petite pour comprendre les enjeux de notre aventure. Elle s’est, toutefois, très vite adaptée à sa condition (temporaire) de bébé nomade. Après quelques jours, la remorque et la tente sont devenues la norme pour elle. A partir du moment où nous lui accordions de l’attention et qu’elle nous sentait en confiance, le contexte lui importait peu.

Axel qui a fêté ses 6 ans en cours de route s’est intéressé à notre entreprise dès les préparatifs. Nous avons localisé ensemble la Scandinavie sur une carte, nous l’avons impliqué dans le choix du matériel et notamment de sa remorque, un modèle un peu particulier équipé d’un pédalier. Nous souhaitions qu’il s’approprie cette aventure et qu’il puisse en être pleinement acteur. Il a donc participé à notre progression, mais également à la mise en place du bivouac. Il a aussi été très présent pour sa petite sœur.

Paradoxalement, il avait beaucoup plus de besoins que Julia. A sa demande, nous avons multiplié les pauses pour qu’ils mènent ses propres explorations. Il a parfois été frustré de devoir sans cesse repartir. A cet âge-là, pédaler pour pédaler n’a pas vraiment de sens. Alors nous nous sommes efforcés de ponctuer notre itinéraire de points d’intérêt (châteaux, lieux de baignade, cabanes, parcs d’attraction, glaciers…) qui regonflaient sa motivation. Nous avons transformé notre périple en une sorte de quête ou de chasse au trésor géante qui lui donnait toujours envie d’aller de l’avant.

S’il n’a aucun souvenirs réels (que des souvenirs construits sur la base de nos récits et photos) de notre aventure en Amérique, il a emmagasiné au cours de cette seconde expérience de nombreuses anecdotes personnelles qui, je l’espère, resteront gravées pour longtemps.”

Préparer un voyage avec un bébé, c’est tout une histoire ! Des astuces à nous partager ?
 

“Tout d’abord, osez vous confronter à vos propres peurs ou angoisses et tentez de les rationnaliser en vous documentant sur le sujet ou en échangeant avec des familles ayant déjà franchi le pas. Dans tous les cas, consultez votre pédiatre pour lui exposer votre projet et recueillir ses conseils et recommandations. Une fois prise la décision de partir, organisez une excursion test. Une micro-aventure sur un week-end dans un lieu familier, de préférence sur un itinéraire sécurisé et sans trop de relief avec une météo au beau fixe. L’occasion d’affiner le choix de votre matériel, d’effectuer des réglages sur vos vélos ou les remorques et, avant tout, de vous confronter brièvement aux réalités de la vie sur la route avec votre bébé. De manière générale côté équipement, jouez la carte de la simplicité. Et gardez à l’esprit que votre enfant, quelles que soient les circonstances, n’a besoin que d’une chose : vous en confiance et en pleine possession de vos moyens !”

Partir à l’aventure en famille avec un bébé ne doit pas être de tout repos. Comment gère-t-on les aléas quand on est loin de la maison ?
 

“Partir en voyage à vélo en famille, c’est vivre plusieurs journées en une. Celle de cycliste naturellement, mais celle de parent également et aussi celle de responsable logistique en charge du bivouac etc. Pas de tout repos effectivement, mais avec un peu d’organisation et de pratique, on parvient à trouver ses marques et à ne pas se laisser déborder par les contingences de la vie nomade. Comme à la maison, nous essayons de maintenir un cadre et de respecter une petite routine pour gagner en efficacité, lors du montage et du démontage du campement en particulier. Chaque chose a sa place, chacun a son rôle. Notre objectif : dégager un maximum de temps pour nous consacrer ensemble à des activités épanouissantes. Dans la même logique, nous évitons d’effectuer des étapes qui trainent en longueur. Nous nous fixons rarement des objectifs kilométriques et nous arrêtons quand l’envie s’en fait ressentir, généralement après 4 ou 5 heures de vélo dans la journée.

Même si nous dormons en pleine nature, dans des conditions plus rudimentaires qu’à la maison, nous n’étions jamais, lors de ce voyage, totalement coupés du monde. Il nous était facile de nous dérouter vers une ville pour trouver, par exemple, un point de ravitaillement ou un centre médical. En cas d’urgence, nous disposons, par ailleurs d’un téléphone portable pour prévenir les secours.”

En parlant de maison, est-ce qu’on se sent chez soi, partout ?
 

“On ne se sent pas propriétaires des lieux que nous traversons ou des sites où nous dressons la tente. Nous avons plutôt le sentiment d’avoir le statut d’invités ou d’étrangers de passage. Au maximum, nous jouons la carte de la discrétion. Si on ne se sent pas chez nous partout, on essaye, en revanche, de se fondre dans le décor, d’appartenir au paysage. Notre règle d’or : ne pas laisser de trace si ce n’est un peu d’herbe couchée.

Cela dit, avec l’expérience, on parvient à dormir partout ou presque sans angoisse : au fond des bois, au milieu des champs, sur une terrasse, dans un jardin etc.”

Partir à la découverte de la nature, il n’y a pas plus belle école. Mais justement : et l’école dans tout ça ?
 

“Axel, avec l’accord de l’équipe pédagogique de son établissement, n’a raté qu’une dizaine de jours d’école, fin juin. Sa maîtresse nous avait fourni les documents nécessaires pour poursuivre les apprentissages comme en classe. Elle a également enregistré les questions que se posaient ses camarades au sujet de notre voyage. Axel a pu leur répondre sous forme de vidéo. Une chouette façon de garder le contact et de partager son quotidien.

Une fois l’année scolaire terminée, nous avons maintenu un temps d’activité d’écriture et de sensibilisation à la lecture, deux ou trois fois par semaine. De plus, chaque soir ou presque, nous lisions un chapitre du roman L’Ile au trésor.

Mais au-delà de ces moments spécifiques, les occasions d’apprendre ne manquaient pas. La nature est prétexte à d’innombrables découvertes qui ne figurent pas forcément dans le programme scolaire : identifier des plantes ou des oiseaux, construire une cabane, participer à l’allumage d’un feu… Les conditions du voyage offrent également de nombreuses opportunités en la matière : se familiariser avec une géographie nouvelle, utiliser une autre monnaie, s’initier à une langue étrangère… La route est une école à part entière !”

On sait aussi que les bébés ont souvent besoin d’un rythme de sommeil régulier pour ne pas se sentir déroutés. Comment avez-vous géré cette étape et les décalages horaires ? On est sûr que vous avez plein d’astuces à nous donner !
 

“Oui, bien sûr, veiller à ne pas perturber les habitudes de sommeil de Julia était une de nos préoccupations principales. Nous sommes assez vite parvenus à caler nos temps de progression sur ses temps de sieste. Dans la remorque, bercée par le roulis, elle s’endormait très facilement. Le soir, elle a trouvé rapidement ses repères sous la tente. Nous l’installions dans sa gigoteuse sur un tapis en mousse découpé à sa taille. Rassurée par le son de nos voix qui lui parvenait de l’extérieur, elle trouvait le sommeil sans trop de difficulté.

En Scandinavie, nous n’avons pas été confrontés au problème du décalage horaire. Mais lors de notre périple en Amérique du Nord, Axel n’en a pas particulièrement souffert. En quelques jours, il s’est synchronisé sur le rythme du soleil que cadençait nos journées.”

Quel a été votre endroit préféré ? Et celui du reste de la tribu ? On vous pose une colle là...
 

“Difficile de se prononcer tant nous avons traversé de sites dignes d’intérêt. J’ai été très agréablement surpris par le Danemark, la charmante petite île d’Ærø, en particulier, ou par les longues plages de sable du nord du pays sur lesquelles on peut rouler à vélo. Le pays compte un réseau de pistes cyclables très étendu. De quoi se sentir en sécurité lorsqu’on voyage en famille. On trouve également d’innombrables aires de jeux très bien aménagées avec des trampolines, des tyroliennes. Axel a adoré. Il garde également un excellent souvenir de notre visite de Legoland à Billund, toujours au Danemark, et de la découverte de sites historiques vikings, comme à Jelling, où nous sommes partis sur les traces du roi Harald 1er, dit Harald Bluetooth, un nom que des industriels de la communication scandinave ont récemment remis au goût du jour !

Gros coup de cœur également pour certains lacs suédois, entourés par la forêt, dans lesquels, contre toute attente, on pouvait se baigner sans avoir froid dans une eau qui atteignait 24°c.

On est encore un peu curieux : parmi vos nombreux voyages, il y en a-t-il un qui vous rend particulièrement fier ?
 

“Je garde peut-être une fierté particulière d’être venu à bout de la Great Divide (je retrace cette aventure dans le livre Prends Ma Roue). Plus de 4500 km de piste à travers les Montagnes rocheuses avec Axel dans la remorque. Un défi familial engagé au cœur des grands espaces américains tels que je les rêvais dans mes lectures de jeunesse. Tout un symbole de s’aventurer sur ces terres sauvages avec mon fils.

Mais tous les voyages que j’ai pu effectuer, à l’autre bout du monde, comme sur le pas de ma porte, m’ont nourri d’une manière ou d’une autre. Et je serais bien incapable de désigner mon préféré !”

Avant de vous laisser reprendre la route, que diriez-vous aux parents qui appréhendent de se lancer dans l’aventure du voyage en famille ?
 

“C’est plus simple que vous ne le pensez ! Le voyage à vélo implique un certain dépouillement matériel qui, au final, facilite la vie quotidienne ! Avec peu, on peut aller loin.

Quant à votre bébé, vous serez surpris par ses capacités d’adaptation. Il adoptera très vite les règles du voyage dès lors qu’il vous sentira attentionné et en confiance.

Un conseil peut-être : n’en faites pas trop ! En famille, l’épanouissement ne nait pas de l’accumulation des kilomètres, mais de toutes les pauses et détours imprévus qui ponctueront votre aventure !”

Merci Olivier, on espère vous revoir très vite, à vélo ou qui sait… Un jour peut-être à bord d’un (petit) bateau ⛵🌍 !